Message de bienvenue

Au nom de Dieu, le Clément le Miséricordieux.

Chers lecteurs!
je vous souhaite la bienvenue dans ce blog destiné à mes sœurs et frères épris du savoir, du dialogue et d'échange.
Ce blog a pour objet de susciter des débats fructueux autour des questions touchant tous les domaines de notre vie, particulièrement notre vie religieuse.

mardi 9 avril 2019

Daara Mame Diaara, un espoir pour le système éducatif sénégalais

Cette excellente idée de créer un daara dédié aux homonymes de Sokhna Diaara a certes émerveillé presque tout le monde. Mais sa profondeur et sa portée réelle ne sont pas encore explorées, sur les plans éducatif et socioéconomique du pays.

Cette vision profonde de Cheikh Moustapha Bachir (RA) motivée par le souci de perpétuer l'oeuvre de Mam Diaara à travers l’éducation de ses homonymes se concrétise dans un contexte particulier.

En effet, la scolarisation des filles est une préoccupation mondiale et particulièrement africaine; tout le monde est convaincu qu’aucun développement n'est possible sans la participation de la femme.

Par ailleurs, l'un des problématiques majeures du système éducatif est son aspect inclusif, qui doit permettre a toutes les franges de la population de s'y retrouver. C’est dans cette perspective que l'enseignement religieux occupe une place importante dans les projets de reforme du système. L'une des decisions présidentielles, prises à l'issue des assises de 2014 sur l’éducation et la formation , consiste à "développer l'enseignement religieux et l'intégrer dans le système éducatif". La formation professionnelle reste enfin un levier important du développement économique au Senegal.

Dans cette perspective, le modèle du Daara de Prokhane peut bien offrir, des réponses appropriées à toutes ces préoccupations très actuelles, si l’on arrive à bien l’exploiter.

Le daara qui compte plus de 500 filles apprenantes internées et entièrement prises en charge offre un enseignement coranique de qualité et une formation académique et professionnelle dans un environnement sain et adéquat. Depuis 2005, 213 filles y ont mémorisé le Coran. La qualité des enseignements du daara se manifeste aussi à travers les performances réalisées par ses pensionnaires aux différents concours de récital du Coran ; elles ont occupé 11 fois la première place dans ces compétitions.

L’intérêt particulier de ce modèle consiste dans son mode de financement qui est exclusivement communautaire, car basé sur la contribution des dahira Mam Diara, Un mode innovent donnant une solution à la raréfaction des ressources consacrées à l’investissement dans le domaine de l'éducation aux pays sous développés.


La portée de ce daara est, en fait, incommensurable dans la mesure où, en plus de son impact direct, il peut faire tache d'huile et être imité par d'autres grandes familles de la communauté mouride voire au-delà. On peut voir dans le futur des daara de Sokhna Awa Bousso, Sokhna Fat Dia, Sokhna Maï ainsi de suite.


En résumé, ce modèle de daara, tel que conçu et géré, même s'il a besoin toujours de perfectionnement, suggère des solutions à ces grandes questions auxquelles notre système éducative n'a pas encore trouvé de réponses satisfaisantes. En plus de ce qu’il a déjà réalisé dans ce daara comme la construction d’un centre de formation professionnelle, l’État du Sénégal a beaucoup d'intérêt à accompagner d’avantage ce modèle original qui pourra être partagé, aussi bien au niveau national qu'au niveau international.

jeudi 7 mars 2019

Le pays a besoin d'en débattre

J'ai suivi l'élection présidentielle de loin. J'étais à Beyrouth du vendredi 22 février 2019 au mercredi 27 février dernier. Avant d'aller à l'aéroport pour revenir, j'ai assisté à un débat organisé par une institution de recherche. Ce débat, sous forme de brainstorming, portait sur la question identitaire dans les pays arabes.

J'ai découvert, à travers les différentes interventions, combien ces acteurs de la société libanaise sont préoccupés par le communautarisme et les questions identitaires qui gangrènent particulièrement leur société. Ces intellectuels (universitaires, religieux, journalistes, ) sont de différentes obédiences, chiite, sunnite et chrétienne. Ils sont tous animés du désir de discuter et de s’entendre sur des questions très sensibles dont le Liban a beaucoup souffert.

A travers leurs propos, j'ai pu déceler la profondeur de la crise identitaire et la lourdeur des barrières qui séparent les différentes communautés. Aussi, on perçoit que d'énormes efforts sont en train d'être déployés afin de sauvegarder un équilibre très fragile construit avec beaucoup de peine dans ce pays.


Quand je voyais le désir ardent et l'aspiration forte de ces intellectuels à retrouver une cohésion sociale et un vivre ensemble qui dépassent les clivages et enterrent les séquelles de la guerre civile, je me suis demandé si les sénégalais mesurent à leur juste valeur la paix et la cohésion sociale qui caractérisent notre société.

Au moment où d'autres sociétés cherchent inlassablement à construire un état démocratique et une cohabitation pacifique, on voit des actes et entend des paroles qui menacent ce que nous avons de plus précieux à préserver : l'entente et la cohésion.

Une lecture attentive et approfondie de notre situation politique actuelle peut révéler des germes très nuisibles. Même si l'on refuse de l'évoquer ou d'en parler, un sectarisme ethnique et religieux commence à s'inviter de manière dangereuse dans la vie politique sénégalaise et  à la polluer.
 
A mon avis, le plus déplorable est le fait que les intellectuels qui sont sensés prendre du recul et rappeler les politiques à la raison se font le plus souvent invisibles et inaudibles.

Le contexte sécuritaire dans la sous-région, l'appétit suscité par les ressources naturelles découvertes et la pauvreté accentuée des populations sont des facteurs de risque qui appellent tout le monde à la prudence et à la sérénité. Les ambitions politiques (personnelles ou égoïstes) ne doivent pas primer sur les intérêts suprêmes de notre jeune nation.

Au bout du compte, je pense que nous devons régulièrement organiser ce type de rencontre et de dialogue chez nous pour travailler à préserver notre stabilité et notre cohésion sociale.

mardi 15 janvier 2019

Majma'un-nuraïni fi fawaïdi-daraïni*


Louvrage intitulé "مجمع النورين في فوائد الدارين  Majma'un-nuraïni fi fawaïdi-daraïni" traduit par la DAHIRA des étudiants de l'Université Cheikh Anta Diop qui porte le même nom, est l'un des premiers ouvrages composés par Cheikh Ahmadou Bamba avant la naissance de la Mouridyya. 

Il contient des enseignements, des sagesses, des recommandations et aussi des invocations ou des" mujarrabât" que le Cheikh avait trouvés  utiles pour le musulman dans sa vie quotidienne. Ces enseignements touchent plusieurs domaines : exégèse de certains versets du Coran, l'invocation, le savoir, la bonne conduite, la visite des cimetières. 

A côté de ces enseignements, l'ouvrage renferme beaucoup de mujarrabât مجريات (pluriel de مجرب qui signifie expérimenté  ) à savoir l'utilisation de certains versets ou prières pour la résolution de problèmes de vie,  la prévention  ou la protection contre des maladies ou des malheurs. Ces pratiques dont l'effet est expérimenté par des savants font l'objet de beaucoup d'ouvrage. 

Le présent ouvrage fait partie d'une catégorie d'écrits composés par le Cheikh avant son exil au Gabon voire avant même le rappel à Dieu de son père SERIGNE Mort Anta Sali ( mort en ....)  A travers ces ouvrages, le cheikh a fait montre de générosité et de sens de pédagogie. Il a voulu rendre accessibles des connaissances qui ne l'étaient pas à cause de la rareté des livres et qui étaient considérées comme des asrâr (secrets bien gardés). Il a aussi utilisé une  pédagogie efficace, qui se manifeste à travers la méthodologie adoptée pour simplifier  des questions compliqués en les illustrant par des exemples facilement saisissables. Il peut s'agir de contenus en prose mis en vers pour qu'ils soit plus faciles à mémoriser et à retenir ou des savoirs  dispersés dans différents endroits que le Cheikh a rassemblés dans un seul recueil, comme c'est le cas dans Majma'un nuraïni. 


Il s'avère important de faire ici une distinction entre ces écrits réalisés au vivant de son père (qu'ils soient des œuvres scolaires tels que mawahibul- quddus, mulayyinus- Sudur, des invocations comme ad'iyatu As-sana, ou des ouvrages composites à l'instar de cet ouvrage) et les autres survenus après le décès de son maitre et à la suite de son engagement dans la voie soufie qui a abouti à la naissance de la mouridyya ou lors de son expérience mystique et son cheminement spirituel. 
  

Cette distinction est d'autant plus justifié que le Cheikh lui même a fait allusion à la différence qui existe entre les d'écrits d'avant l'exil et ceux d'après. L'un des premiers disciples maures, un érudit qui s'appelle Mouhammad Abdallah al Alawy dit dans Al-Minah al-Miskyya l'ouvrage consacré à l'hagiographie du cheikh :" sachez qu'Allah dans ces îles lui avait ôté l'ensemble des savoirs qu'il possédait en dehors du Coran et du hadith (la tradition prophétique). Il demeura ainsi deux ans. Après cette durée, ils lui sont revenus tous avec un plus. Allah lui a offert des connaissances divines qui dépassent la raison humaine et lui a épargné la lecture des annotations et des citations

Certains des ouvrages élaborés à l'intention des apprenants de la madrasa du père sont repris et réécrits par le cheikh à son retour d'exil, comme mulayyinu as-sudûr  ملين الصدور qui est repris dans Munawwiru  as-sudûr منور الصدور.   Massalik al-Jinânمسالك الجنان  qui est partiellement réécrit.

Cette reprise concerne aussi certains de ses qassâïds (poèmes) comme mawâhibun-nafi'i et de ses recueils de prières sur le Prophète (PSL) tel que Muqaddatul xidma

Si l'on procède à une analyse comparative de ces deux catégories d'écrits, on peut déceler des différences dans la méthodologie ainsi que des nuances qui dénotent un peu l'évolution  spirituelle du cheikh. On observe dans la première catégorie une abondance de citations et une diversité de  références, contrairement aux derniers écrits dont le contenu n'est basé que sur le Coran et les hadiths et reflète une expérience spirituelle particulière. Ce sont ces derniers qui reflètent la doctrine et la vision du Cheikh et sous-tendent son action et son éducation.

Les extraits choisis ici ont trait à la théologie, à l'exégèse du coran,  aux invocations,  à la bonne conduite et à d'autres questions que le musulman à besoin de connaître et à pratiquer dans sa vie de tous les jours. Le cheikh a puisé dans plusieurs ouvrages et cité beaucoup d'auteurs, ce qui prouve l'intérêt qu'il accordait à tout ce qui peut être utile au musulman.

Ce travail de traduction et de publication est une entreprise appréciable de la DAHIRA qui  ambitionne de contribuer à la propagation des enseignements du cheikh dans les milieux scolaires et estudiantins ou l'élite de demain est formé.
Ce livre est un viatique pour tout aspirant qui cherche l'agrément de son Seigneur. Que le Tout Puissant  bénit ces efforts.
Same Bousso Abdourahman  

 * Cet article est la préface de la traduction faite du l'ouvrage par la Dahira Majma'un-nuraïni fi fawaïdi-daraïni de l'UCAD.

samedi 17 juin 2017

Les religieux et la politique : de simples questions!

Le sort d'un homme religieux ou un guide religieux est très ambiguë dans notre société. Il lui est permis d'être un professeur d'université, un chef d'entreprise, un ambassadeur, un administratif, éleveur, un cultivateur ou autre sans que sa crédibilité soit mise en cause. Il suffit qu'il s'engage en politique qu'on lui qualifie d'opportuniste de manipulé, de corrompu, bref de tous les noms d'oiseau.

C'est pourquoi je me pose certaines questions: n'est-il pas possible qu'un chef religieux soit conscient qu'il doit s'intéresser à la politique éducative, économique ou sociale menée dans son pays? N'a-t-il pas le droit de vouloir faire partie des décideurs de ces politiques ou des législateurs des lois pour influencer positivement les orientations éducatives, économiques et sociales de la société?

Il me semble qu'on exploite toujours le stéréotype ou l'image de soit-disants marabouts, ou chefs religieux corrompus pour jeter le discrédit à toute personne porteuse d'une vision différente de celle de la classe politique dominante dans notre pays depuis les indépendances. Cette manière de diaboliser la participation politique ne vise-t-elle pas la fermeture de la porte devant toute velléité de un homme religieux de vouloir participer à la conduite de notre vie publique. Par ce biais on parvient à écarter une frange importante de la société pour les confiner à des rôles de régulateurs ou sapeurs pompiers. Certes, ces rôles sont importantes, mais il n'est pas moins importante de vouloir participer à la prise de décisions régissant notre vie publique.

Les politiques ne consultent que rarement les hommes religieux dans les grands projets qui touchent la vie des centaines de milieux de leurs disciples. Et ces derniers ne sont pas ceux qui occupent les plateaux des radio et des télévisions.

Je sais que le rôle principal d'un guide religieux est d'assurer une éducation spirituelle pour ses disciples. Cependant ce rôle n'enlève pas son droit à la participation politique en tant que "citoyen ordinaire" qui s'intéresse aux conditions de vie de ses concitoyens.

Celui qui s'oppose à la participation d'un chef religieux à la vie politique est, à mon sens, l'un des deux: soit un fidèle soucieux de la préservation de la religion et du statut sacré du guide contre les effets néfastes de la politique politicienne avec tous ses maux, soit un partisan voulant préserver les intérêts d'une classe politique qui salit ce champs afin de mieux s'en accaparer.

Les textes qu'on évoque pour incriminer le rapprochement entre les ouléma et salatin ( savants musulmans et rois ) doivent être compris dans un contexte où les premiers cherchent des biens auprès des seconds sans avoir aucune influence positive sur leur gestion des affaires publiques. Dans un contexte démocratique, l'optique peut changer. Le débat doit-il alors porter sur le principe de la participation des religieux à la vie politique ou sur ses conditions et ses modalités ?

Le contexte d'une démocratie ouverte qui fait que, grâce à la magie de la politique, des gens parfois sans compétence ni éthique deviennent des décideurs, ne milite pas pour le maintien de ce statuquo ; d'où la nécessité d'envisager un changent des mentalités et d'arrêter la campagne de diabolisation systématique. S'il y a des intérêts politiques derrières cette campagne, les disciples eux doivent refuser d'être embarqués par les assauts médiatiques mal intentionnés et savoir séparer le bon grain de l'ivraie.
En effet, le refus de l'exploitation des consciences ou de la politique politicienne pour des intérêts personnels doit être catégorique d'où qu'elle vienne : d'un marabout, d'un homme d'affaires ou d'un politicien professionnel.
Ce sont, en somme, de petites réflexions et questionnements qui m'ont été inspirés par le débat en cours concernant la participation éventuelle de quelques marabouts au élections législatives à venir.

Par Same Bousso Abdourahmane

Thiès, le 14 juin 2017

jeudi 19 janvier 2017

Conditions d’apprentissage et performance dans les daara



Résumé de la communication

L’Etat du Sénégal a pris des mesures pour l’amélioration des curricula et des conditions d’apprentissage dans les daara. Ces derniers dispensent un enseignement spécifique et souvent tourné vers l’apprentissage du Coran. Certains enfants ne connaitront pas une autre forme d’apprentissage. Il s’agit donc de s’intéresser aux connaissances de base que devrait acquérir tout enfant afin qu’il soit autonome. Que savent donc les apprenants des daaraen dehors de la mémorisation du Coran? Quels sont les déterminants des performances des apprenants du daara en lecture et en mathématiques? Pour répondre à ces questions, l’analyse des données de l’enquête Jàngandoo a montré que les enfants issus des daara ont de plus faibles performances avec des taux de réussite aux tests de 12% en lecture et 4% en mathématiques. Nous verrons aussi dans cet article les déterminants des performances des enfants des daara

Télécharcher l'artcile complet sur le site du symposium sur l'enfance au Sénégal :

lundi 7 novembre 2016

Bamba Xam bëgg Ou la vie de Cheikh Ahmadou Bamba en BD de Ser Cheikh Fatma Mbacké : Présentation

Introduction
L'ouvrage que nous tentons de présenter est une Bande Dessinée écrite par Serigne Cheikh Fatma Mbacké fils de Serigne Moustapha Bassirou Mbacké et illustrée par l'artiste Moussa Diallo.
C'est le tome n°1 d'une série d’albums consacrée à la vie de Cheikh Ahmadou Bamba fondateur de la Mouridyya.

L'ouvrage se présente brièvement en trois parties :
  • les justifications et la pertinence de cet ouvrage,
  • les contenus dans leur diversité,
  • l'intérêt littéraire et pédagogique de cet ouvrage.
I) les justifications et la pertinence de cet ouvrage
  • Le rôle de l'hagiographie des saints dans une société
Les grandes figures d'une société humaine constituent des repères qui contribuent à forger son identité. Dans l'islam, l'histoire des prophètes et saints occupe une place prépondérante. En fait, le Saint Coran nous raconte des récits de la vie de plusieurs prophètes depuis Adam jusqu'au Sceau des Prophètes Mouhamad ( Paix et Salut sur Eux) en passant par Abraham, Moïse, Youssef et autres.
En effet, ces récits ont une portée éducative ; Allah SWT a dit dans la sourate Yussuf V. 111
لقد كان في قصصهم عبرة لأولى الألباب
« Dans leurs récits, il y a certes une leçon pour les gens doués d’intelligence ».
  • La vie de Cheikh Ahmadou Bamba comme viatique
Cheikh Ahmadou Bamba constitue l'un des figures emblématiques de l'histoire du Sénégal du fait de son rôle dans le renforcement de l'identité islamique du pays et la résistance face au colonialisme.
Il a mené une vie exemplaire, pleine d'enseignement pour les générations actuelles et futures (foi, patience, sacrifice, amour, tolérance...). Elle mérite d'être connue par les jeunes et les générations futures.

Au moment où l'on déplore le manque de valeurs, l'absence de repères et de références, il devient primordial de propager la vie et l'oeuvre de Cheikh Ahmadou Bamba auprès des ces jeunes générations afin d'influencer leur éducation. Pour ce faire, aucun moyen de diffusion ne doit être laissé en rade particulièrement les média qui attirent le plus les enfants et les jeunes. A l’évidence, parmi ces genres littéraires, la BD a fini par s'imposer du fait de son attrait auprès des jeunes.

C'est peut être ce qui a motivé Serigne Cheikh Fatma à choisir ce genre littéraire pour permettre aux jeunes voire aux adultes de s'approprier la biographie et les enseignements de Cheikh À Bamba.

II Contenus de l'ouvrage
Cet ouvrage est le premier album d'une série destinée à présenter aux lecteurs ( jeunes et adultes) la vie de Cheikh Ahmadou Bamba fondateur de la Mouridyya.
Dans ce tome, l'auteur a abordé les origines de Cheikh AHMADOU Bamba. Mais en racontant l'histoire glorieuse de la famille, il pu en desceller des enseignements précieux pour les jeunes enfants et corriger des clichés erronés, très rependus dans la culture populaire concernant les mourides.

Les origines de Mbacké
En retraçant les origines du Cheikh, l'auteur a évoqué des personnages, des lieux et des événements historique. Il a ainsi cité successivement:

a) les personnages
  1. Mame Oussman Mbacké qui a quitté le Fouta pour le Jolof est le premier des Mbacké à parler wolof (ses activités : enseignement et agriculture ),
  1. Mame Habouboullah (Mame Balla le Grand) père de Mame Maram qui a quitté Nguénnene pour niangène (relation des Mbacké avec le Bourba Jolof qui a donné sa soeur Arame Niang en mariage à Mame Balla ),
  1. Mame Marame Mbaké (1111 H 1690 G): (ses études auprès de Mame Massamba Thiam à Tabalang au Kayor avec comme condisciple (Makhtar Ndoumbé Diop, le fondateur de Koky, Serigne Malamine Sarr, le fondateur de Careen Jama,
4. Mame Balla Aycha et son installation à Mbacké ses occupations et son assassinat à Ngaye,
     5. Mame Mor Anta Saly : Ses études auprès de son père de Mame Makhtar Ndoumbé de amadou Sall du Village de Bamba.

     6. Mame Diarra :
ses origines (Serigne Mboussobe et Mame Asta Waalo)
  • Ses sacrifices en faveur de sa famille (vente de ses bijoux pour la nourriture utilisation de sa malle comme bois de chauffe)
  • Ses bonnes actions, sa loyauté et son engagement,
       7. Maba Diakhou BA et ses batailles,
       8. Lat Dior.

b) les lieux
L'auteur a parlé des provinces (Fuuta, Jolof , Bawol, Kayor, Saalum ), des villages Tabalang, Caareen Jama, Mbacké sanianka, Koky Poroxaan (la vie de Mame Diaara dans ce lieu, ses sites historiques, son magal, le décès de Mame Diarra ).

c) Les événements historiques

Parmi les événements historiques évoqués,
  • l'assassinat de Serigne Malamine Sarr par le roi Amary Ngoné ( les causes et les conséquences),
  • La venue de Mame Maram et son entrevue avec le roi,
  • La création de Mbacké Bawol en 1790,
  • La visite de Cheikhou Oumar à Mbacké et sa prédiction pour la naissance de Cheikh A Bamba,
  • La naissance de Cheikh Ahmadou Bamba : son enfance, ses études, son séjour au Saloum.

d) les enseignements

L'ouvrage contient au delà du récit, des enseignements précieux parmi lesquels :
  1. l'importance primordiale du travail de la terre pour un guide religieux,
  2. le travail fait pour son maître comme moyen de recherche de la « baraka »,
  3. Exhortation des talibés et des élèves à un dévouement envers leurs maitres ( référence nahju),
  4. le partage des mêmes valeurs islamiques par les confréries soufies du Sénégal (cf Tazawudu Shikhar Page 17),
  5. Liens de parenté entre Cheikh Ahmadou Bamba et El Hadji Malick Sy,
  6. La nécessité de garder le silence durant l'azan (l'appel à la prière ) page 18,
  7. L'importance des arbres pour la survie de l'humanité (page 39).
En somme, ses enseignements mis en exergue dénotent chez l'auteur un intérêt en faveur de la bonne éducation, la cohésion sociale et la protection de l'environnement.


III l'intérêt littéraire et pédagogique de cet ouvrage

a) l'intérêt littéraire
La BD est connue comme étant un « média polyphonique qui fait appel à différents arts (la littérature pour les dialogues et la peinture pour les effets)
L'auteur et l'illustrateur ont su exploiter les possibilités narratives offertes par l'image pour raconter l'histoire.

Dans cet ouvrage les principales fonctions de la BD ont été mises à profit à savoir :
1- la fonction représentative: qui est une capacité de mettre en image un texte, ce qui passe par une symbolisation permettant de présenter les personnages et les événements.
2- la fonction qualificative : qui constitue un rapport de complémentarité entre le texte et l'image ( l'image exprime ce que le texte ne formule pas et vis-versa ).
3- la fonction interprétative : c'est-à-dire la capacité de symbolisation du récit au travers des couleurs, des topographies, des onomatopées.

En plus de ces aspects littéraires, il y a un intérêt pédagogique réel dans l'utilisation de ce média (la BD)

b) l'intérêt pédagogique
Comme il a été bien noté par des spécialistes, “bien avant de savoir lire les mots, les enfants apprennent donc à lire les images et à faire les liens entre elles afin de comprendre une histoire donnée (Demers, 1994; Gauthier, 1996).
Il a été avancé aussi que « tous les enfants semblent comprendre une histoire "dessinée " avant même de savoir déchiffrer le code linguistique » (Gauthier, 1996).
Donc, l'intérêt qui se trouve dans l'utilisation de la BD à des fins pédagogiques a été bien prouvé par des pédagogues.

Conclusion

En définitive, l'auteur de la BD Bamba Xam Bëgg a réussi à offrir aux lecteurs un ouvrage original bien documenté et référencé dans lequel il a pu retracer de façon simple et accessible les origines de Cheikh AHMADOU Bamba. Il a su aussi à travers l'histoire racontée nous donner des enseignements précieux pour les jeunes enfants. En fin, toutes les possibilités narratives et pédagogiques de la BD ont été exploitées - à mon avis - pour aider les jeunes lecteurs à aborder et appréhender cette histoire pleine d'enseignements pour le bénéfice de la société toute entière. 

samedi 16 juillet 2016

La mendicité des enfants : un dialogue de sourds!

La question de la mendicité des enfants est l'un des sujets les plus étudiés au Sénégal. Il existe une littérature très abondante sur le phénomène. L'Etat, les ONG, les associations des Maitres coraniques et les centres de recherches ont beaucoup produit sur la typologie des mendiants, les causes de la mendicité, les dangers qu'elle provoque ainsi que les pistes de solutions. Mais, lorsqu'un acte est pris sur la question de la mendicité, est toujours accompagné d'une vie polémique, chacun y va avec ses propres arguments sans se référer à ces études.

Concernant la décision récente du Chef de l'Etat, sur le retrait des enfants mendiants de la rue, les positions sont très divergentes. Mais, si l'on suit le débat suscité  on n'a le sentiment qu'il y a un dialogue de sourds sur la question.

En effet, personne n'approuve la persécution et l'exploitation d'enfants innocents dont la place n'est les rues, pour l'unique but de s'enrichir, sauf ceux qui commettent cette forfaiture. En revanche,  tout le monde est d'accord qu'il y a des enfants dont les parents sont pauvres et qui sont confiés à des Serignes Daara dépourvus de  moyens pour la prise en charge correcte de leur nourriture. Le fait que ces enfants pratiquent la mendicité à des heures précises et raisonnables pour se nourrir est tout à fait accepté par la société sénégalaise.

Généralement, les gens qui soutiennent la décision d'interdire la mendicité, parlent de la première catégorie, les enfants exploités. Ceux qui la désapprouvent invoquent  le seconde type de la mendicité en arguant que c'est l'Etat qui doit aider les Serignes Daara dans la prise en charge de ces enfants issus de familles diminues. Donc on ne parle pas généralement de la même chose.
 
Dans ce genre de situation un dialogue direct avec les acteurs est une nécessité pour lever les ambiguïtés et trouver des consensus aidant à trouver des solutions définitives et durables.