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vendredi 30 août 2013

Réflexions sur la portée de la prière de Cheikh A. Bamba au bureau du Gouverneur à Saint Louis *

                                                                              Par Same Bousso Abdourahmane
La prière de deux rakka effectuée dans le bureau du Gouverneur du Sénégal par Cheikh A. Bamba le 5 septembre 1895 est un événement symbolique d’une haute portée historique. Cet acte, eu égard au lieu et au contexte où il s'est déroulé, est un grand événement dans la logique de ceux qui  réfléchissent et analysent la situation géopolitique et religieuse d’alors dans une perspective historique.
En revanche selon la vision, la logique et les principes du Cheikh, cet acte entre dans le cours normal des choses; car ce guide spirituel est toujours conséquent avec lui-même dans ses écrits, ses enseignements et sa vie pratique. En effet, il a très tôt déclaré qu’il ne craignait que son Créateur et ne comptait que sur son soutien. N’avait-il pas rétorqué à ceux qui l’exhortaient à se rapprocher du Damel du Cayor [ le roi] par ces vers :

" Penche vers les portes des sultans, m’ont-ils dit,
Afin d’obtenir des dons qui te suffiraient pour toujours
Dieu me suffit, ai-je répondu, et je me contente de lui,
Et rien ne me satisfait sauf la religion et la science.
Je ne crains que mon ROI et n’espère qu’en lui,[1]

Il insiste aussi dans Massalik al-jinan sur  la nécessité de mettre sa confiance en Dieu et de ne pas craindre autre que Lui, il dit :
            Tout ce qui nous atteint, le Tout Puissant ne voulait pas qu’il nous manque
            Et tout ce qui nous manque, IL ne voulait pas qu’il nous atteigne
  Aie confiance en ton Seigneur et compte sur lui, cesse de tergiverser et de  t’attrister . (vers 1008,9 et10 )

Cheikh A. Bamba n’a fait que traduire ses paroles en actes concrets; L’individu le plus modeste et le Gouverneur le plus redouté sont égaux devant lui. Ainsi, pour effectuer sa prière il ne distingue pas entre la demeure d’un disciple et le bureau du Gouverneur. Le contraire serait considéré comme ce que l'on appelle dans le langage des soufis "iltifat" (cf: Huqqa vers n°20) à savoir une autre  présence que celle d'Allah dans le cœur ou la conscience du saint. Toutefois, l'acte du Cheikh constitue une source intarissable de leçons pour tous les croyants.

Quelques leçons à retenir :

Le fait que ces deux rakka sont célébrés aujourd'hui par les fidèles musulmans doit nous amener à méditer sur les leçons qu’on puisse en tirer. Pour ma part, j’en retiens trois :

1.      -Seules la foi en Dieu et la confiance en Lui[al-iman wat-tawakkul] peuvent conférer  à l’homme la liberté et le courage. Si le croyant met sa confiance en Dieu sincèrement, il devient de ce fait libre de toute sorte d’esclavage : celui de la matière ou des passions et ne craint que son Créateur.
2.      Le Cheikh a prouvé par cet acte qu’il comptait opposer aux machinations, aux menaces et à la violence de ses adversaires, l’arme de la foi, de la confiance en Dieu. Il a montré aussi sa détermination à mener une résistance non-violente et à rester, face à l’acharnement des autorités coloniales françaises, constant dans son Djihad par la science et l’adoration de Dieu[bil ‘uloumi wa bit –touqa], jamais perturbé  dans sa mission divine. L’histoire a donné raison, aujourd'hui, au Cheikh en montrant que la violence n’est pas la meilleure solution.

3.      Le plus grand défi pour les peuples c’est de pouvoir s’intégrer dans ce qu’on a l’habitude d’appeler la mondialisation et d’en profiter sans pour autant perdre leurs valeurs et leur identité. Le meilleur moyen pour relever ce défi consiste dans la foi en Dieu, la confiance en soi et l’enracinement profond dans ses valeurs culturelles sans complexe ni repliement sur soi. Cheikhoul Khadim a illustré à travers sa vie et son éducation la possibilité de cette attitude. Durant combien de temps a-t-il resté entre les mains des colonialistes sans le moindre changement dans ses positions ?! Beaucoup de disciples mourid qui vivent partout dans le monde confirment cette réalité ; ce que certains chercheurs n’ont pas manqué de souligner.

Voilà, en somme, quelques leçons qu’on peut retenir de cet événement historique qui restera à jamais gravé dans la mémoire collective des musulmans sénégalais et qui fera sans doute l’objet d’autres réflexions plus approfondies et plus pertinentes.


* Ce texte est un extrait d'une conférence que nous avions animée à Saint Louis-Missouri aux E tats Unis d'Amérique à l'occasion de la célébration de ces deux rakkas par les disciples mourides,  le 5 septembre 2004


[1]     cite par Cheikh Mouhamad Lamine Diop dans Irwâ-unnadim , p 6

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