La mendicité des enfants : un dialogue de sourds!

La question de la mendicité des enfants est l'un des sujets les plus étudiés au Sénégal, et il existe une littérature abondante sur le phénomène. L'État, les ONG, les associations de maîtres coraniques et les centres de recherche ont largement documenté la typologie des mendiants, les causes de cette pratique, les dangers qu'elle engendre, ainsi que les pistes de solutions. Pourtant, chaque mesure prise à ce sujet s'accompagne systématiquement de vives polémiques, chacun avançant ses propres arguments sans se référer à ces études existantes.

Concernant la récente décision du chef de l'État de retirer les enfants mendiants de la rue, les positions sont très divergentes. À suivre le débat suscité, on a le sentiment d'assister à un dialogue de sourds.

En effet, personne n'approuve la persécution et l'exploitation d'enfants innocents — dont la place n'est pas dans la rue — dans le seul but de s'enrichir, si ce n'est ceux qui commettent cette forfaiture. En revanche, tout le monde s'accorde à dire qu'il existe des enfants issus de familles pauvres, confiés à des serignes daara dépourvus de moyens pour assurer leur prise en charge alimentaire. Le fait que ces enfants mendient à des heures précises et raisonnables pour se nourrir est socialement toléré au Sénégal.

Généralement, ceux qui soutiennent l'interdiction de la mendicité visent la première catégorie : les enfants exploités. Ceux qui la désapprouvent invoquent la seconde situation, arguant que l'État doit accompagner les serignes daara dans la prise en charge de ces enfants issus de familles démunies. En somme, les protagonistes ne parlent pas de la même chose.

Dans ce contexte, un dialogue direct avec l'ensemble des acteurs est nécessaire pour lever les ambiguïtés et dégager des consensus, seuls capables d'aboutir à des solutions définitives et durables.


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