Finalités éducatives selon Cheikh Ahmadoul Khadim (qu'Allah soit satisfait de lui)

Cheikh  Ahmadou Khadim (que Dieu l'agrée) a dit dans Maghaliq an-Niran:

« Au début de ton apprentissage, fixe-toi quatre objectifs afin d'atteindre la guidance : Le premier est de sortir de l'égarement, Le second est de faire bénéficier les créatures du Majestueux, Le troisième est la revivification des sciences, Et le quatrième est la mise en pratique du savoir acquis. »

Dans ces vers tirés de son œuvre « Maghaliq an-Niran » (Les Verrous des Enfers), Cheikhoul Khadim guide les apprenants  vers un principe fondamental de l'apprentissage : la définition des objectifs claires et précis avant toute entreprise. Il leur indique quatre buts qu'ils doivent viser dans leur quête du savoir s'ils souhaitent réussir et atteindre leur dessein, car les objectifs sont le phare qui éclaire la voie de l'apprenant, lui permettant de se diriger correctement et de ne pas s'écarter de ses finalités.


Le Cheikh a défini ces objectifs en quatre points : sortir de l'égarement, être utile aux créatures, revivifier les sciences et mettre en pratique le savoir.

Bien que concis dans leur formulation, ces vers sont profonds dans leur sens. Ils portent des significations d'une importance capitale dans le domaine de l'éducation qui, une fois comprises et assimilées, peuvent influencer positivement le cours de nos politiques et stratégies éducatives, et provoquer une révolution dans notre perception du processus d'enseignement-apprentissage. Nous soulignerons ici, brièvement, certaines de ces significations :

  • La centralité de l'apprenant dans le processus éducatif

L'interlocuteur du cheikh ici est l'apprenant, et non l'enseignant. Cette attention portée aux apprenants consacre l'un des principes les plus importants de la pédagogie moderne.

L'une des évolutions les plus marquantes des théories éducatives contemporaines consiste à placer l'apprenant au centre du processus d'enseignement-apprentissage et à le considérer comme son pivot. C'est l'apprenant qui cherche à acquérir le savoir et qui construit ses propres connaissances, tandis que l'enseignant agit en tant qu'assistant, guide et facilitateur, créant les conditions nécessaires à cet apprentissage.

Ce principe est ce à quoi les psychologues ont abouti dans le domaine des théories de l'apprentissage, notamment les partisans du constructivisme. Von Glasersfeld (1988), l'un de ses plus grands théoriciens, considère que le constructivisme est « une théorie de la connaissance qui se concentre sur le rôle de l'apprenant dans la construction personnelle des connaissances », soulignant ainsi que le savoir n'est pas reçu passivement, mais construit activement.

En s'adressant aux apprenants plutôt qu'aux enseignants, le Cheikh place sur leurs épaules la responsabilité de la quête du savoir et les oriente vers la nécessité de prendre l'initiative dans leur apprentissage s'ils souhaitent atteindre leurs objectifs.

  • La nécessité de partir d'objectifs clairs

Le fait que le Cheikh précise le moment où l'apprenant doit se soucier des objectifs (« au début ») révèle un principe considéré dans les études pédagogiques comme une caractéristique de l'éducation moderne : la nécessité pour l'objectif pédagogique d'être clair pour toutes les parties prenantes du processus éducatif (enseignant et apprenant), ce qui constitue un facteur essentiel de l'efficacité de l'activité d'enseignement-apprentissage.

Si l'apprenant est appelé à participer à l'élaboration et à l'exécution des projets éducatifs en tant qu'élément central, il est impératif que les objectifs qu'il cherche à atteindre lui soient explicitement exposés. Cela lui confère une motivation puissante, le stimulant à se sacrifier et à fournir les efforts nécessaires ; c'est pourquoi le Cheikh a pris soin d'exposer les finalités que tout étudiant doit garder à l'esprit.

  • La distinction des niveaux d'objectifs

En réfléchissant sur ces finalités définies par le Cheikh, nous pouvons — au-delà des contenus traditionnels que nous limitons généralement à la connaissance religieuse — découvrir quatre niveaux interconnectés et complémentaires qui recoupent les différentes étapes éducatives :

Premier niveau : Sortir de l'égarement

Cet objectif peut être considéré comme la finalité de « l'éducation fondamentale ». C'est le niveau que tous les membres de la société doivent atteindre, sans exception, car nul ne doit être laissé dans les méandres de l'égarement. L'éducation fondamentale est celle qui offre à tous un degré d'instruction permettant de sortir des ténèbres de l'ignorance et de doter les individus des valeurs, des connaissances et des compétences essentielles pour garantir une vie digne. Cette étape ne vise donc pas à fournir des spécialisations pointues aux apprenants, mais à les préparer sainement à ces futures spécialisations.

Deuxième niveau : Être utile aux créatures du Majestueux

Cet objectif correspond à l'enseignement secondaire et au premier cycle universitaire, où l'apprenant acquiert des compétences variées et pointues qu'il pourra mettre au service de sa communauté. L'expression « être utile aux créatures du Majestueux », par sa portée universelle, fait allusion à la diversité des spécialisations qui servent l'être humain, l'animal et l'environnement. Elle souligne également la dimension spirituelle (divine) qui doit être prise en compte dans toutes les étapes, tous les niveaux et toutes les stratégies éducatives.

Troisième niveau : La revivification des sciences

Cet objectif noble, qui se réalise à travers la recherche, l'étude et l'expérimentation scientifique, est précisément ce à quoi aspirent les cycles d'études supérieures et les centres de recherche scientifique. La « revivification des sciences » ne saurait être atteinte par la simple mémorisation ou la transmission passive ; elle porte en elle les significations du développement, de l'évolution et de la production de connaissances.

Quatrième niveau : La mise en pratique du savoir acquis

Le plus élevé, le plus important et le plus honorable de ces objectifs — selon moi — est « la mise en pratique du savoir », car le fruit de la science est l'action, comme l'a exprimé le Cheikh dans un autre passage. L'efficacité des théories réside dans leur application, et il n'y a, à cet égard, aucune distinction entre les connaissances religieuses et les sciences appliquées.

Cette finalité est, malheureusement, la plus sujette à la négligence. L'omission de la dimension pratique et opérationnelle constitue, en réalité, l'un des problèmes les plus graves dont souffrent les systèmes éducatifs dans les pays en développement, où la plupart des études et des recherches finissent par stagner dans les bibliothèques et les archives.

C’est ainsi que nous constatons comment le Cheikh (que Dieu l'agrée), à travers ces expressions concises, a mis en lumière les grandes finalités d’une éducation ciblée, au service des individus et des sociétés, visant à assurer à l’être humain le bonheur ici-bas et dans l'au-delà, tout en esquissant certains principes fondamentaux de l’activité éducative.

La question qui s'impose est donc la suivante : pourquoi ne nous inspirons-nous pas de telles visions authentiques lors de l’élaboration de nos curricula éducatifs et de leurs référentiels, particulièrement dans ce contexte de refondation de notre système éducatif ?!

                            Dr Same Bousso 

                                                               Université Cheikh Ahmadoul Khadim (UCAK) de Touba 

                           s.bousso@ucak.edu.sn  

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